2 articles : 

- Une présence au fond de la prison (M. Combes)

- Aumônerie : semer modestement et obstinément (F. Pujol) 


          UNE PRESENCE AU FOND DE LA PRISON

par Marion Combes

 

Dans nos paroisses, le travail des aumôniers et visiteurs de prison est souvent méconnu. Parfois c’est leur discrétion qui en est la cause, parfois c’est notre refus de voir la vérité en face. Il existe pourtant des hommes et des femmes qui ont commis des crimes et qui sont punis de ces crimes non seulement par l’incarcération mais plus encore par le rejet du reste de la société. On oublie aussi qu’il existe des hommes et des femmes qui vivent au plus près de ces détenus : les surveillants, les animateurs, les éducateurs, les magistrats, les aumôniers. Il ne s’agit pas de faire des catégories. Tous sont dans le même bateau. Nous tous, même à l’extérieur, nous sommes dans le même bateau. C’est ce qui a donné une idée originale à une femme aumônier de la prison d’Avignon.

Tous les samedis matin il se vit une cérémonie pour Dieu. Je ne dis pas culte ou messe car c’est une rencontre tout à fait originale qui se vit. Rien à voir avec nos cultes ou nos messes “à l’extérieur” ; la parole y est plus simple, moins solennelle, les chants plus rythmés et surtout le silence d’une densité rare. On ressent là une écoute qui “mange” la Parole de Dieu.

Alors, voilà l’idée : pourquoi ne pas proposer cette même rencontre à des paroissiens “normaux” un dimanche matin. C’est ce qui s’est passé les 21 et 22 septembre derniers à Avignon. Le Samedi matin les détenus ont pu vivre en prison un culte où alternaient des paroles liturgiques et des lectures de textes extraits du livre “Paroles de détenus”. Et le dimanche matin les paroissiens ont vécu ce même culte dans le beau Temple médiéval d’Avignon. Le dimanche matin, était ajoutée à la célébration une méditation sur le travail d’aumônier en prison. Une méditation forte et pudique qui rappelait que l’attention qu’on porte à l’autre, quel qu’il soit, une attention sans jugement est un acte qui s’apprend et qui est fondamental dans notre société. Nous sommes tous dans le même bateau et nous ne pouvons pas passer les indésirables par dessus bord, ni les reléguer à fond de cale. Il sont des hommes et des femmes qui ont soif de regards vrais. Les aumôniers ont aussi un témoignage à porter auprès du personnel pénitentiaire. Entrer dans la prison, c’est être confronté à un monde de souffrance. L’écouter, c’est déjà beaucoup.

AUMONERIE DE PRISON :

SEMER MODESTEMENT ET OBSTINÉMENT

par Françoise Pujol

Pasteur de L’Église Réformée d’Albi, je suis en même temps aumônier protestant de la Maison d’Arrêt d’Albi. Ce ministère d’aumônier est riche, passionnant et en même temps pas simple, ni évident, éprouvant parfois. La prison apparaît comme un concentré des problèmes présents dans notre société. Chaque détenu porte un vécu au moins difficile, parfois dramatique, avec en plus la nécessité de gérer la promiscuité et l’absence de liberté. C’est pourquoi pour l’aumônier, “ homme ” ou “ femme de Dieu ”, c’est un lieu où se posent avec une acuité bien plus grande qu’ailleurs des questions théologiques essentielles. A travers ma participation mensuelle au moment cultuel avec les frères catholiques, annuel avec l’Armée du Salut et surtout par les entretiens individuels à la demande des détenus, je vois se poser des questions existentielles qui ont, en effet, un profond écho théologique: le bien, le mal, le repentir, le pardon, la grâce, mais pas la grâce à bon marché, la conversion , l’espérance etc. et bien sûr la question de Dieu. Pour un accompagnement spirituel poussé, je crois qu’une parole de Jésus me guide: “ Soyez donc prudents comme les serpents et innocents comme les colombes. ” (Matth 10/16). Enfin, j’ai assisté deux fois aux spectacles bibliques, suivis d’un débat, donnés par Alain Portenseigne. Les récits bibliques joués, je dirais vécus sous les yeux des détenus, leur permettent de s’identifier fortement (je pense au spectacle “Les Assiégés” ou bien à cet autre :“Au matin du 3ème jour” où l’on voit la peine puis la joie des personnages découvrant à petits pas que Jésus a été relevé de la mort. Nous semons en écoutant, en posant parfois des paroles claires, en priant, en donnant à voir et à entendre le texte biblique… L’Esprit Saint agit, mais où ? comment ? Il y a des échecs, des déceptions et de belles joies. Portés par le Seigneur et la prière des uns et des autres, y compris de détenus, nous continuons à semer modestement et obstinément.

Françoise Pujol