Au matin du 3e jour

Auteur et metteur en scène : Alain Combes

Acteur : Alain Portenseigne.

Contact pour ce spectacle : Alain Portenseigne


Extrait de "Au matin du 3ème jour"

«Dites-moi, vous avez l'air d'être un peu au courant de ce qui s'est passé, avec cette histoire de... Jésus.
Ah ? Vous ne savez rien d'autre ?
Non, je disais ça comme ça... dans le commerce faut savoir être discret... Mais...(d'un coup, passionné)... Ecoutez, ça me travaille trop, il faut que j'en parle... C'était il y a quelques jours, en fin d'après-midi. J'avais rentré la paresse et la fatigue... oui, ce sont mes chèvres, je les appelle comme ça parce que la première j'ai pas envie de la traire et que la deuxième ça me fatigue... cela dit, je fais des efforts, et si vous voulez goûter mon fromage, il est excellent. Donc, le soleil était déjà bas, et moi je me demandais si j'allais traire maintenant ou attendre un peu. Alors, tout en réfléchissant je m'étais assis sur le seuil de ma porte. Et là, je vois trois types sur le chemin, qui venaient de Jérusalem. Oh, ils avançaient pas vite ! Il y en avait un qui parlait aux autres, et à certains moments, ils s'arrêtaient, puis faisaient quelques pas, puis s'arrêtaient. C'était énervant, parce que je me disais : s'ils viennent chez moi, autant que je le sache tout de suite, sinon je ferme l'auberge... C'est vrai, en ce moment il ne vient plus grand monde le soir. Qu'est ce que vous voulez, les gens ne sortent plus, ils passent la soirée devant leur fenêtre à regarder le soleil se coucher. On a de magnifiques couchers de soleil en cette saison. Mais ça ne fait pas marcher le commerce. Pourtant, d'ici on le voit aussi très bien, le soleil... Qu'est-ce que je disais ? Ah, oui, les trois hommes... finalement ils ont hésité. Celui qui parlait avait un regard particulier, comment dire... très doux, mais très ferme... franc aussi. Et ça, je vous le dis, je repère les gens qui ont le regard franc et vrai, c'est important dans le commerce.
Lui, il voulait continuer son chemin, les autres ont insisté pour s'arrêter à l'auberge. Vu l'heure, je me suis dit que non seulement c'était des clients pour le repas, mais qu'il prendrait aussi une chambre. Intéressant.
Ils se sont mis à table et j'ai tout de suite apporté le pain. (un temps)
Après ? Eh bien, c'est ça qui est curieux : j'étais à côté en train de préparer la suite quand j'ai entendu des cris. J'ai cru qu'ils se disputaient, mais pas du tout ! J'ai vu les deux hommes sortir en riant, en chantant, en hurlant de joie, et quand je suis entré dans la salle, l'autre, l'homme au regard vrai... il n'était plus là. Pourtant, les volets étaient fermés et il n'y a pas d'autre porte.
Et puis, d'un coup, je me suis inquiété : ils avaient quand même entamé une miche de pain... qui allait payer ? Eh bien, sur la table, j'ai trouvé une pièce d'or. Je ne me plains pas, mais j'aimerais bien en savoir plus...»