JOSEPH

père adopté

Etre père ? Qu’est-ce que c’est ?

A travers le destin d’un père atypique, la pièce tente de nous fournir des éclairages à hauteur d’homme. 

La démarche

Attaché aux écrits bibliques et aux coutumes d’Israël du premier siècle, l’auteur nous fait entrer dans l’ambiance et le contexte de l’époque pour nous faire découvrir comment s’enracine le comportement de Joseph.

L’objectif de l’auteur

« On sait très peu de choses sur le personnage. Mon but n’est pas de réduire les zones d’ombre du récit évangélique ni d’expliquer de qui n’est pas dit, ni de répondre aux incertitudes. J’ai cherché, par cette histoire simple mais extraordinaire à tracer la ligne d’un regard : celui d’un homme qui devient père. Et ce destin emporte toutes les paternités du monde dans les mêmes questionnements. Mais Joseph, c’est non seulement l’homme qui devient père, mais c’est aussi celui qui est adopté par l’enfant, et au-delà encore, c’est l’homme à qui se révèle l’amour incompréhensible à l’origine de tout. »

 

 

COMMENTAIRE D'UNE SPECTATRICE :  ————————————————————————————————————————————————————————————————————

JOSEPH, PÈRE ADOPTÉ

Le théâtre est une offrande.

C'est ce que nous a révélé Alain Portenseigne jeudi 11 février au temple de Revel devant un public  recueilli dans un silence religieux.

Une scène nue, juste deux poufs recouverts d'une étoffe qui évoque l'Orient biblique.

Alain Portenseigne évolue dans cet espace vide, pieds nus, revêtu d'une tunique ocre aux manches amples.

Deux instruments de musique : un  zarb, doigts et mains créent des rythmes qui disent les mouvements du cœur ou l'allégresse d'une fête ; et une flûte au souffle un peu rauque. Des chants hébraïques scandent les temps forts de la vie.

Les Évangiles sont peu loquaces sur le personnage de Joseph mais par la magie du verbe d'Alain Combes, il existe et par le jeu d'acteur accompli d'Alain Portenseigne, il vit dans toute son humanité d'homme qui devient père.

Tout commence avec une graine minuscule à l'abri d'une petite boite creusée dans une branche de poirier.

 Dans cet espace vide qu'est la scène, Alain Portenseigne, avec son corps, ses gestes, ses mouvements, sa voix, son visage, va nous faire entrer dans la vie et dans le cœur de Joseph ; il va nous faire partager ses angoisses et ses joies de père naissant.

 Nous sommes à Nazareth avec Joseph ; nous voyons se dérouler les paysages jusqu'au lointain horizon ; nous voyons les femmes, les enfants, les vieillards dans le dédale des ruelles étroites ; nous les voyons et nous entendons leurs rires, leurs jeux. Nous sommes dans l'atelier du charpentier où flotte l'odeur des copeaux, nous accompagnons ses gestes de charpentier : couper, tailler, frapper dans un rythme si régulier ; avec lui nous lissons le bois des jougs qui seront plus légers au cou des bœufs.  On entend l'atelier résonner « des coups de maillet, du bruit de la scie, du grincement du villebrequin »

Visages et paysages qui participent de la vie de Joseph et nous y prenons part. Il est encore un homme à « la main habile et au cœur endormi » mais bien vite, ses sens, son cœur vont s'éveiller pour Marie, jeune fille effacée et discrète. Nous assistons à la naissance de l'amour. « La chose vient lentement, imperceptiblement...un léger souffle... »

 Puis, on reçoit en plein cœur l'aveu de Marie à Joseph : « Il faut que tu saches que je suis enceinte. Il faut aussi que tu saches que je ne t'ai pas trompé ». Silence pesant. Quelque chose s'est cassé, s'est désarticulé. Et Joseph prononce hébété : «Je n'ai pas mal, tout est froid dans mon coeur ». Dans le nôtre aussi car nous souffrons de sa souffrance devant son visage bouleversé.

Joseph nous confie son rêve de paternité. Il s'adresse à cet enfant ; il lui demande, angoissé : « D'où viens-tu ? Pourquoi n'es-tu pas venu de mon amour pour Marie ? »

Le dilemme est grand pour Joseph. Que faire dans une situation qui semble sans dénouement possible ?

Joseph est un homme bon et juste. Il ne veut pas exposer Marie à l'humiliation publique. Il décide de rompre secrètement leurs fiançailles.

Brisé par le chagrin et l'incompréhension, il s'endort.

 La réponse va venir du ciel ; comme pour son lointain ancêtre, Joseph, « l'homme aux songes », le fils de Jacob », un rêve va lui montrer la route : « N'aie pas peur de prendre chez toi Marie, ta femme. Oui, l'enfant qui est dans son ventre vient de l'Esprit Saint. »

Alors se pose la question cruciale : « Comment être le père, même adoptif, du Sauveur ? »

L'histoire va se poursuivre, joie de la noce, angoisse des départs précipités pour fuir la colère du roi Hérode qui veut exterminer les enfants à naître, la naissance de Jésus avec la crainte et l'émerveillement de Joseph devant le don qui lui est fait. Enfin le retour au village parmi les siens, la croissance de l'enfant, son comportement parfois si déroutant pour ses parents.

Que nous dit cette histoire de Joseph ? On ne naît pas père, on le devient. C'est le regard que l'enfant Jésus porte sur Joseph qui le fait père. Joseph va lui apprendre des passages de la Torah, il va lui transmettre les gestes de son métier : « gestes du père, gestes du fils ». Jésus, un enfant comme les autres  ; « la tâche est semblable : aider son enfant à devenir ce qu'il doit devenir, ce qu'on ne connaît pas, ce qui nous dépasse.. »

Ainsi la vie s'écoule. Alors que l'amandier fleurit, les forces de Joseph décroissent. La petite boite en  poirier est là. Dedans, il y a la graine que Jésus avait autrefois mystérieusement donnée à son père. Cette graine, c'est l'amour que Joseph a donné à son fils ; « la vie offerte d'où germe une autre vie »

 Merci Alain Combes, merci Alain Portenseigne de ce voyage de une heure trente dans le beau mystère de la paternité.

 Edwige Malberg

Église protestante unie du Lauragais

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