Paul et Néron

d’Alain Combes

Avec

Pierre Philippe Devaux et Alain Portenseigne

Mise en scène d’Alain Combes

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La Pièce... son contenu, son actualité...

 

Nous sommes dans les années 60. L’Apôtre Paul est à Rome, en prison. Il écrit à son disciple Timothée. Malgré sa vision de l’avenir de la foi chrétienne, il sait que sa fin à lui est proche. Son procès est en cours, l’Empereur Néron y assiste. Entre deux comparutions au tribunal, Néron vient voir ce curieux détenu dans sa cellule. Il est intrigué par cet homme en apparence fra­gile, enchaîné et pourtant si sûr de lui quand il parle du Dieu dont il se réclame : le Dieu de Jé­sus-Christ.

Un dialogue va s’instaurer entre les deux hom­mes. Ils vont s’opposer dans un combat d’idées. Il y a du pathétique dans ce Néron empereur qui se revendique aussi artiste, qui s’emporte, vitupère, provoque. On découvre un Paul inti­miste quand il écrit à Timothée, paternel même, plein d’amour et de tendresse pour ses frères et sœurs chrétiens. Devant l’Empereur, il tient tête et reste ferme dans sa foi. Il devient passionné, défend la Bonne Nouvelle avec énergie, plie mais ne rompt pas grâce à la force que Dieu lui donne. Tiendra-t-il bon face aux démonstra­tions de puissance et de force de son interlocu­teur? Cédera-t-il aux tentations de Néron?

Néron se veut lucide et ne se fait pas d’illusion sur cette nouvelle « secte ». Il est rejoint en cela par beaucoup de nos contemporains qui rejet­tent le christianisme en prétendant qu’il serait le rouleau compresseur de la liberté, des droits individuels, que les religions en général et le judéo-christianisme en particulier seraient la source de tous les maux de notre société. Il est vrai que l’histoire chrétienne est semée d’hor­reurs: les croisades, l’inquisition, les guerres de religions, les extrémismes de tous ordres, les fanatismes religieux, autant d’épisodes doulou­reux où la religion chrétienne a été le prétexte pour asseoir un pouvoir.

Néron, représente le pouvoir politique et va même au-delà de ce pouvoir. Il se veut maître des consciences en prenant sur lui la médiocrité et la mesquinerie des hommes, assumant leur irresponsabilité, allant « jusqu’au bout du mal ».

Paul, lui, connaît le penchant des hommes pour le mal, il n’oublie pas le juif parfaitement pieux et violent qu’il était avant sa conversion. Mais il croit au changement profond toujours possible si l’homme s’ouvre à la Grâce. Il a les yeux tour­nés vers l’avenir, vers la vie offerte par Dieu. Il se fait défenseur de la foi chrétienne dans ce qu’elle a de plus pur et vrai. Il sait que le Christ n’est pas venu pour rien. Il défend devant Né­ron une foi qui a le Christ pour modèle : une foi qui s’affirme dans la faiblesse de la Croix et non dans la puissance. Il est porteur d’une Bonne Nouvelle qui n’est pas là pour asservir l’homme mais pour l’affranchir et le libérer.

Dans cette confrontation entre deux visions du monde et de l’histoire, c’est au spectateur de se faire une opinion, de se demander où se trouve la vraie vie et qui, de l’Empereur ou de l’Apôtre, est finalement le plus enchaîné des deux.

Quelques extraits de la pièce...  

(avec un extrait vidéo de 4 mn)

 

Extrait de la scène 2

Paul

Qui est là ?

Néron

Tu te croyais seul dans ta prison? Voilà déjà un moment que je t'observe...

Paul Néron!

Néron

Oui, César, ton Empereur, ton maître et depuis quelques temps, ton juge!

Paul

Je ne t'ai vu qu'au tribunal... pourquoi viens-tu dans ma cellule?

Néron

Voilà que tu poses des questions ? Dans ce trou poisseux tu as encore des réserves d'arrogance?

Paul

Je te disais mon étonnement... venir ici... je ne suis qu'un prisonnier parmi d'autres...

Néron

Les autres tremblent, les autres regardent avec angoisse leur destin balancer dans les mains des juges. Et quand je viens assister aux procès les gorges se serrent encore plus. On me dit capricieux mais on ne sait pas comme je vois au fond de l'âme humaine. J'en recueille les plaintes, les médiocres joies, les cris, les folies, et j'en joue, comme un bon acteur. Je suis venu au tribunal pendant ton pro­cès parce qu'Aliturus m'avait parlé de toi...

Paul

Aliturus ? L'acteur juif?

Néron

Oui, l'acteur juif, le mime, le drôle de bonhomme dont je m'amuse au palais. Il est de ta race, mais plus amusant... Toi tu es un bavard pontifiant!

Paul

Ma parole est simple et souvent maladroite...

Néron

Ta parole, oui. Je connais meilleur orateur, meilleur ac­teur, meilleur poète. Ta parole, oui... mais ton regard... C’est le regard droit des hommes fondés sur leur certi­tude...Tu ne te détournes pas devant tes juges...

Quand tu baisses les yeux, c'est pour prendre de la hau­teur... et s'il n'y avait que ton regard...Il y a tes gestes...

Extrait: Scène 4

Néron

Il y a des heures où ce palais est trop silencieux... des heures où ces murs sont trop lourds, trop surchargés de marbres... des heures où je ne peux échapper au jour qui se lève, aux domestiques, aux courtisans. Maître de tout, dans un cachot de mosaïques et d'or...

Maître de tout... au moins maître de ma mort, comme le Dieu de Paul, sur sa croix... moi aussi je continuerai d'exister dans la vie de tous ceux que j'aurai enrichis ou ruinés... des générations qui me devront leur héritage heureux ou leur malheur, transmis de corps en corps, chacun pesant sur le suivant le poids de sa souffrance. Je dispense le bien que je veux, je dispense le mal que je veux, et l'humanité s'en va, claudiquant ou sautillant pour plusieurs générations...

N'est-ce pas le pouvoir d'un dieu ? Bien sûr, chaque homme peut en faire autant: il diffuse autour de lui dou­ceur et tristesse, joie ou haine, vide ou frémissement, mais lui, ne se croit responsable de rien! Minable hu­main qui n'assume pas les traces qu'il laisse, qui se croit toujours victime, jamais bourreau...

Ne crains rien, humain troupeau, ton Empereur endosse tes mensonges ! J'irai au bout de mon rôle, jusqu'à la der­nière phrase je serai celui qui porte les pensées mas­quées, les ombres, les trahisons. Pour prix de tout cela, je domine ton existence...

(Il réfléchit)

(Suite et fin de la scène page suivante)


Fin de la scène 4

Mais le pouvoir n'est qu'un pis aller, une obsession d'im­puissant... moi, je suis un artiste pour qui le pouvoir se fait esclave... il me sert, je ne le sers pas.

(Progressivement, il s'échauffe:)

Je voudrais n'être qu'une voix, un chant fait de paillettes d'or et d'eau jaillissante, une brise qui entoure hommes et femmes, qui soulève robes et toges, qui se glisse entre chaque regard, chaque sourire, chaque grimace, qui fait tourner les têtes, bondir les coeurs, voler les pensées... Je serais les mots du magicien, les formules infaillibles, les oracles péremptoires...

Je serais le soubresaut du coeur après la surprise, l'en­thousiasme qui ouvre la gorge, la passion en flamme... Je serais debout, dans le cirque, entouré de tout Rome, riches et pauvres, sénateurs et soldats...et leurs yeux s'attacheraient à ma danse, emportés dans les plis de mon vêtement... et ma voix monterait au-dessus de tous, suave et impérieuse... au-dessus et dedans, jusqu'au coeur de l'os, au coeur du coeur de chaque homme.

(Lin temps, fasciné par sa folie)

Un artiste... le plus grand...

Et ce Paul m'échapperait? Et tous les disciples du dieu de Paul m'échapperaient?

(Lin temps)

La croyance de Paul ne serait pas accessible à mon art? Dans ce cas, ce sera elle, la foi de Paul, qui sera l'art, mon art...

(Il va vers la cellule de Paul)

 


Extrait de la scène 6

Néron

Je peux vouloir que toi et les disciples de Jésus aient libre parole dans l'Empire, je peux vouloir que vous construisiez des lieux de culte en toute liberté, et même que les édiles favorisent votre implantation.

Paul

Et pourquoi voudrais-tu cela?

Néron

Par caprice peut-être... Dans ta foi, quelque chose empê­che-t-il que le pouvoir ne s'oppose plus à ton message? Qu'il ne contrarie plus ta mission? Le pouvoir doit-il tou­jours être ton ennemi?

Paul

Non... mais jusqu'où peut-il s'associer à notre foi, je ne le sais pas.

Néron

S'associer ? Simplement la favoriser...

Paul

Pourquoi ferais-tu cela?

Néron

Questionneur méfiant ! Tu te sens mieux dans la position de victime, tu redoutes l'autre. Tout homme serait-il ton ennemi?

Paul

Tu changerais d'attitude aussi brutalement?

Néron

Le petit juif ne croit pas au miracle? Il a enfermé César dans le rôle du persécuteur. Ton théâtre est triste, il est blanc et noir. Regarde comme tout bouge dans le monde, comme tout glisse et se fond : vois le marbre du palais, les veines colorées, les moirures... regarde les collines de Rome se faire d'or au coucher du soleil, l'eau du Tibre jouer d'émeraude et d'ocre. Rien ne reste sans mélange... tout bouge, tout se change ! Et César resterait figé comme une statue?

(Il va vers la porte)

Je te laisse quelques heures pour réfléchir...

Paul

Réfléchir à quoi ? Tu fais ce qui te semble bon, et nous continuerons quoi qu'il en soit. Si le pouvoir nous est hos­tile, nous continuerons, si tu nous laisses plus de liberté, nous continuerons... la décision n'est pas dans mes mains.

Néron

Erreur ! Je te veux responsable, Paul ! Ne te cache pas der­rière les événements, ne sois pas le jouet heureux ou mal­heureux de l'histoire. Aujourd'hui, tu vas pouvoir agir sur ce qui t'arrive ! Je ne te demande que te dire: "Oui, César, je veux que tu favorises mon oeuvre et ma mission." C'est

tout ! Tu éviteras ainsi la mort et la persécution de tes frè­res, tu permettras au message que tu annonces de se répan­dre dans tout l'Empire... "Oui, César... je veux que tu favo­rises..."

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